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Tous les soirs, une fille, un garçon et un vieux technicien se retrouvent dans un petit cinéma qui semble abandonné, mais qui est plein de merveilles. Les trois amis inventent, se documentent, dessinent, se déguisent. Et ils jouent toutes les histoires dont ils ont envie dans une nuit magique où tout est possible - les sorciers et les fées, les rois puissants et les garçons d'écurie, les loups garous et les belles dames sans merci, les cathédrales et les paillotes, les villes d'or et les forêts profondes, les flots d'harmonie de chœurs immenses et les sortilèges d'un seul tamtam, la méchanceté qui ravage et l'innocence qui triomphe...
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MICHEL OCELOT
FILMOGRAPHIE
2011
LES CONTES DE LA NUIT
Long métrage d'animation
Film en compétition au Festival International de Berlin 2011
2010
DRAGONS ET PRINCESSES
Série TV d'animation de dix épisodes
Prix Spécial du Jury pour la Meilleure Série TV,
Festival International du Film d'Animation, Annecy 2010
2008
LES TRÉSORS CACHÉS DE MICHEL OCELOT
Compilation DVD de 7 courts métrages
2006
AZUR ET ASMAR
Long métrage d'animation
Quinzaine des Réalisateurs,
Festival de Cannes 2006
Festival International du Film d'Animation d'Annecy 2006
Nomination de Gabriel Yared aux Césars 2007
Nomination aux Goya Madrid 2008
2005
KIRIKOU ET LES BÊTES SAUVAGES
Long métrage d'animation
Coréalisation Bénédicte Galup
Festival International du Film de Cannes 2005,
1ère séance des enfants, sélection officielle hors compétition
British Animation Awards 2006
2000
PRINCES ET PRINCESSES
Long métrage d'animation
Prix Cinéma de la SACD 2000
1998
KIRIKOU ET LA SORCIÈRE
Long métrage d'animation
Grand Prix 1999 du Long Métrage,
Festival International du Film d'Animation d'Annecy
British Animation Awards 2002,
Best European Feature Film
1992
LE PRINCE DES JOYAUX
Spécial Télévision
BERGÈRE QUI DANSE
Spécial Télévision
LA BELLE FILLE ET LE SORCIER
Spécial Télévision
1989
CINÉ SI
Série TV de 8 épisodes
Nomination aux César 1989
du Meilleur Court Métrage d'animation
pour LA PRINCESSE DES DIAMANTS
Prix Fipresci pour LE MANTEAU DE LA VIEILLE DAME,
Festival International du Film d'Animation d'Annecy 1991
1987
LES 4 VOEUX
Court métrage d'animation
Sélection officielle dans la catégorie court métrage,
Festival de Cannes 1987
1986
LA PRINCESSE INSENSIBLE
Série TV de 13 épisodes courts
1982
LA LÉGENDE DU PAUVRE BOSSU
Court métrage d'animation
César 1983 du Meilleur Court Métrage d'Animation
1981
LES FILLES DE L'ÉGALITÉ
Court métrage d'animation
1979
LES 3 INVENTEURS
Court métrage d'animation
BAFTA 1981 du Meilleur Film d'Animation
Nomination aux César 1981
pour le Meilleur Court Métrage d'Animation
1976
LES AVENTURES DE GÉDÉON
Série TV de 60 épisodes
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ENTRETIEN AVEC MICHEL OCELOT
LES CONTES DE LA NUIT nous entraînent, non pas dans un univers, mais dans six, très variés, tous passés au prisme de votre vision. Comment les avez-vous choisis ?
J'aime le monde des histoires et j'en ai beaucoup à raconter. J'avais tout un ensemble prêt. Avec les producteurs et des collaborateurs, nous avons élu celles qui nous parlaient le plus, et qui en outre offraient le meilleur potentiel en relief. J'en ai aussi écrit une nouvelle, directement en fonction des possibilités de ce relief.
Toutes les filiations m'intéressent, tous les paysages, tous les arts, et bien sûr toutes les époques. J'aime l'Histoire. J'ai choisi par exemple les Antilles à cause d'un conte traditionnel qui m'a plu. C'était aussi l'occasion de faire de jolis décors, avec les plantes tropicales que j'aime. J'ai également une histoire de fille sacrifiée inspirée de l'Afrique, mais que j'ai située dans l'Amérique aztèque. C'est une culture qui nous a offert une remarquable architecture, mais qui a aussi battu des records de cruauté. J'ai associé l'horreur imbécile de ces sacrifices à la beauté des choeurs que j'imaginais comme ceux de Verdi (Christian Maire, le compositeur, a fait des merveilles). Allier des chants magnifiques et des choses épouvantables, le pire et le meilleur, était intéressant, et s'est déjà fait, en vrai…
Mon succès fondateur avec l'histoire d'un bébé africain me pousse à revenir de temps à autre à ce continent noir, avec une petite chose comme ce «Garçon Tamtam», ou de plus grandes, comme les nouvelles aventures de KIRIKOU sur lesquelles je travaille en ce moment.
On trouve aussi notre civilisation avec deux contes situés au Moyen Âge. «Le loup garou» évoque la fin de cette période. Les costumes sont inspirés du XVe siècle à la cour de Bourgogne, avec ses coiffures magnifiques, dont celle de l'épouse de Jacques Coeur. Avec «La fille-biche et le fils de l'architecte», j'ai célébré notre culture gothique du XIIIe siècle. J'aime jongler avec les contes de partout, j'y suis à l'aise.
Comment écrivez-vous ? Quelles sont vos inspirations ?
Le conte est mon langage. J'y suis comme un poisson dans l'eau. Cela s'est développé peu à peu. Quand j'étais petit, j'étais déjà «un artiste» et j'ai eu la chance que tout le monde s'accorde sur ce point. J'inventais, et je bricolais de mes dix doigts, avec ciseaux, crayons, peinture. J'ai commencé très tôt et, à mesure que l'âge est venu, j'ai eu de plus en plus envie de raconter des histoires. J'étais bon en rédaction !
Tantôt l'histoire que je conte est complètement originale, tantôt elle puise des idées dans des contes traditionnels. Tous les univers et toutes les époques m'intéressent. Je suis comme un gourmand dans une confiserie.
Votre technique s'est d'abord exprimée avant que votre talent de conteur ne se structure, puis les deux se sont mis au service l'un de l'autre…
Le principal est d'avoir quelque chose à dire. Je commence toujours par l'intérieur - le sentiment, même si je suis parfois d'abord inspiré par l'extérieur - la beauté graphique. L'histoire doit m'accrocher. Par exemple, l'histoire du «Garçon tamtam» vient de mes observations dans les mondes de la création. Qu'il s'agisse de pinceaux en martre ou de logiciels perfectionnés, il ne faut pas en faire une fixation, ce qui fera la qualité de l'oeuvre c'est l'artiste, qui peut se passer d'un outil coûteux ou dernier cri.
Votre film s'articule autour de la soirée que deux enfants passent avec un homme âgé dans un cinéma. Comment avez-vous défini cette situation, qui est un peu une métaphore de ce que vous faites vous-même avec votre public ?
C'était un véhicule commode pour raconter tout ce que je voulais, en toute liberté. J'ai des sentiments vrais et je travaille sur ce seul matériau. Mais en plus, j'aime bien montrer comment je fais, comment j'y arrive. J'aime inviter les spectateurs à jouer avec moi, à faire «comme si».
Il s'agit du goût des histoires et du Spectacle. J'ai aussi le secret espoir de susciter des vocations. Je souhaite que les enfants soient actifs, qu'ils prennent des crayons et des ciseaux, plutôt que de rester affalés devant la télé. Et puis éventuellement, encourager de nouveaux cinéastes. En ce moment, la France de l'animation est brillante. Les étudiants français d'animation et leurs écoles semblent les meilleurs du monde. Dans les festivals spécialisés, les Français sont même trop nombreux au palmarès et c'est un problème. J'ai vu un festival où il a fallu tricher sur les résultats pour que d'autres nationalités puissent y être distinguées. Mais il ne faut pas que des animateurs, il faut aussi des auteurs.
Au cours du film, juste avant le début de chaque histoire, même si on est au cinéma, on se retrouve devant un rideau rouge de théâtre…
Le rideau rouge, le cadeau emballé dans un beau papier, c'est absolument nécessaire. C'est l'attente au théâtre ou au cinéma. Il y a un coffre et dans ce coffre, un trésor reste à découvrir.
À travers vos histoires, quel message ou quelles valeurs souhaitez-vous passer ?
Il y en a beaucoup ! J'ai un peu de mal à analyser mes travaux, cela ne m'intéresse pas. Mais après coup, je peux trouver que, en général, mes héros sont des innocents qui ne se laissent pas faire. Ils savent résister à l'abus de pouvoir, à la méchanceté, à la sottise, à la superstition. Souvent, ils sont aussi généreux.
Je souhaite faire du bien et transmettre de bonnes choses. Je vous transmets mes bonnes adresses, j'ai appris toutes sortes de choses, je vous les confie. Je fais également du bien en essayant de réaliser quelque chose de beau, de touchant et de rigolo. J'aime cela et je l'ai fait toute ma vie, depuis que je suis tout petit. Je fais des films avec toutes les leçons que j'ai collectées durant mon existence, dont je tire des fables.
Vous êtes loin de ne vous adresser qu'aux enfants…
Au début, j'étais agacé de l'étiquette «enfants» qui m'était collée sous prétexte que je faisais de l'animation. Maintenant, elle ne me gêne plus. C'est un déguisement qui me permet d'approcher les adultes sans éveiller leur méfiance, et de les toucher.
Je constate que tous les âges sont réunis dans les salles de cinéma devant mes films, et que tous, quel que soit leur âge, viennent me remercier et me demandent de continuer. Cela me rend heureux. J'ai du plaisir à rencontrer un public complètement mélangé, hommes et femmes, vieux et jeunes, et maintenant le monde entier. Je viens par exemple de recevoir un e-mail émouvant du père d'un petit enfant de l'Alaska, rose et emmitouflé de lainages et de fourrure, persuadé d'être Kirikou, tout noir et tout nu !
Avez-vous l'impression que certains contes de ce film correspondent à une part de votre personnalité ? Ou êtes-vous un peu dans tous de façon homogène ?
Je suis dans tous mes films, dans plusieurs personnages à la fois. Mais pas dans tous. Pour «Le garçon qui ne mentait jamais», je pourrais être ce garçon, mais pas la révoltante princesse ! Non seulement je ne peux m'identifier, mais aussi je n'aurais pas pu inventer sa criminelle duplicité. C'est l'intérêt de s'inspirer d'autres contes d'un pays et d'un temps lointains. J'atteins vraiment un «ailleurs». J'ai tout de même mis cet horrible conte tibétain à ma sauce. L'original est beaucoup plus révoltant : la femme qui séduit le palefrenier est l'épouse du roi. Il n'y a aucune trace d'amour, sauf de la part du garçon qui tombe amoureux d'elle jusqu'à tuer le cheval. Mais finalement, c'est celui qui ne ment pas qui gagne…
Comme dans la plus noble tradition du conte, vous replacez aussi au coeur de vos histoires certains thèmes qui peuvent être durs, mais que vous traitez avec espoir et qui sont le plus souvent éludés aujourd'hui…
L'amitié, l'amour et la mort sont des thèmes fondamentaux. La mort est très rarement représentée dans les dessins animés - à la rigueur, de loin pour les méchants, mais pas pour les gentils. Dans «Le garçon qui ne mentait jamais», amener la mort était intéressant. L'ami se sacrifie. La notion de sacrifice est intéressante aussi, mais ici le sacrifice est excessif !
À chacune de vos nouvelles oeuvres, vous avez toujours intégré les technologies les plus récentes (infographie, images de synthèse 3D et à présent, le relief). Pouvez-vous nous dire ce que chacune apporte à votre méthode et à vos oeuvres ?
Toutes les techniques sont intéressantes et chacune apporte une couleur différente à ce que l'on fait. Mais elles restent un outil que je n'adore pas. Je vénère les bonnes histoires et la beauté.
Utiliser la mise en relief, c'était essayer un nouveau jouet. Paradoxalement, cette technique dernier cri me renvoie à l'image telle que je la faisais lorsque je n'avais pas d'argent. J'ai toujours fait des petites choses en relief, des découpages, des collages. Cette avancée technologique m'a permis de retrouver un certain enchantement de mes débuts qui avait disparu. Cet enchantement tenait aux papiers découpés. Quand je tournais ces modestes films, penché sous la caméra, une fois que j'avais éteint la lampe du dessus et allumé la lumière par dessous du contre-jour, je tombais tout simplement dans le conte de fées. Les petits pantins étaient indépendants du décor, et le décor était en plusieurs niveaux pour la commodité de la manipulation. Ces petites constructions, je les ai montées dans des expositions, dans des boîtiers de lumière. Cela avait un charme extraordinaire. Des gens qui avaient d'abord vu ces petits théâtres de lumière en vrai, m'ont parfois confié avoir été déçus par le film sur l'écran plat. Et j'observe que ce charme opère de nouveau avec cette nouvelle version en cinéma stéréoscopique, qu'il s'agisse de simples spectateurs ou de grands professionnels. J'ai refait ce que je voyais dans des caissons. Lorsque j'ai découvert les premières images en relief, j'ai poussé un cri d'émerveillement, comme un enfant ! Tant que ce côté magique subsiste, il est intéressant d'utiliser cette technique.
Tout en adoptant ces évolutions techniques, vous êtes resté fidèle à votre style. Vous ne vous êtes jamais laissé envahir. Comment garantissez-vous l'intégrité de votre création en utilisant ces technologies ?
Je sais ce que je veux, et j'ai observé les défauts autour de moi. Ce qu'on prend pour mon style est l'absence de moyens. Au début, je n'avais pas d'argent et j'ai fait ce qui pouvait être fait avec presque rien, du papier découpé. Cette simplicité m'allait tout à fait. On a de gros ordinateurs et de gros logiciels, et on se retrouve à faire une bande démo pour le logiciel. Je ne suis pas là pour cela. Je demande deux ou trois choses à l'ordinateur, seulement ce qui peut m'être utile. Je veux aller droit au but !
On sent en vous un sentiment d'urgence…
Deux raisons me rendent boulimique de travail. D'une part, j'ai un retard à rattraper car j'ai été plus d'une fois chômeur, sans accès aux outils, alors que j'aurais voulu me tuer de travail, et d'autre part, je suis conscient de la durée limitée de la vie, qu'il faut gérer. Je le savais à 20 ans, mais aujourd'hui, c'est moins théorique. Je signale à tout hasard que j'existais avant KIRIKOU ! Grâce aux petits films que je parvenais à faire de temps à autre, j'étais connu dans le circuit des festivals internationaux (tous mes films ayant des prix) et estimé par la profession, France et étranger. Cette existence particulière était intense.
Tout à coup, j'ai accès à ces outils tant désirés. J'ai soif de les utiliser.
En mettant en scène des ombres chinoises dotées d'un regard, vous tendez à l'épure de la représentation. Chaque attitude, chaque geste devient signifiant. Comment élaborez-vous cette mise en scène ?
Il est vrai que raconter une histoire en silhouettes noires, est quelquefois un défi. On n'a pas l'aide de la couleur, de la délimitation de tel membre qui se trouve perdu dans le noir, on a un espace très limité, même avec le relief. C'est une sorte d'ascèse. Je l'ai réalisé clairement au cours d'une rencontre récente, quand un maître d'école m'a dit : «J'ai essayé de raconter une histoire en silhouettes avec mes élèves, je me suis aperçu que c'était très difficile, et nous y avons renoncé, en nous disant que seul Michel Ocelot savait le faire.»
Il y a quelque chose de l'art égyptien dans cette technique. En simplifiant à l'extrême, en ne retenant que la courbe la plus pure, les Égyptiens ont saisi la beauté maximum. Le torse est plus beau et lisible de face, les jambes, les fesses et la tête, de profil. C'est dans cet esprit que j'aime la silhouette noire. Quoi qu'on fasse, c'est un signe très fort qui produit une impression extrême sur la rétine. Le rien et le clair.
Chacune des six histoires des CONTES DE LA NUIT met en scène une jeune fille et un jeune homme. Comment avez-vous choisi et défini ce «couple» universel ?
Je suis pour la parité ! J'ai besoin d'un homme et d'une femme pour raconter mes histoires ! Ce n'est pas original. J'ai commencé il y a vingt ans cette collection d'historiettes avec un garçon et une fille, je continue. Je tiens aussi à toujours donner une place éminente aux femmes, qu'elles devraient avoir naturellement. Un peu partout dans le monde, les hommes sont des tortionnaires, les femmes des victimes. On peut presque parler de génocide. Dès le début de ma vie, j'ai eu la chance d'avoir des femmes dans ma vie, une maman et une petite soeur, c'était bien, et rien ne justifiait une hiérarchie. Et plus tard, je n'ai jamais eu d'amies qui auraient eu une position subalterne. Bref, il y a des héroïnes dans mes histoires.
Avec LES CONTES DE LA NUIT, vous revenez un peu au format de vos débuts, des histoires courtes. Quels avantages cela vous procure-t-il ?
J'aime tous les formats. J'ai travaillé sur beaucoup de formats et beaucoup de types de projets, sans autre limite que celle de mon envie de raconter et de montrer. Pourtant, mes plus grandes émotions de spectateur sont peut-être dues à des courts métrages dans des festivals d'animation. Parce que les courts métrages d'animation que j'aime sortent des tripes d'un individu à moitié cinglé comme moi, qui sait qu'il ne fera jamais fortune avec ses productions qui seront vues par relativement peu de monde. Il fait un travail sans compromis, sans autre pression que celle de son besoin impérieux de créer. Cet aspect est très fort. Un court métrage fait avec peu de monde est très intense. Une chansonnette peut être aussi forte qu'un opéra. D'ailleurs bien des opéras ont totalement disparu de notre souvenir alors que d'humbles chansonnettes y demeurent.
Les voix, les accents et la musique sont aussi des éléments importants dans votre film. Comment les travaillez-vous ?
J'aime les accents parce qu'avec la diversité, on ne s'ennuie pas. Nous sommes différents, et nous nous comprenons bien. Le français bien parlé avec un petit accent me plaît beaucoup. Dans LES CONTES DE LA NUIT, on trouve l'accent antillais et l'accent africain. Pour KIRIKOU, les producteurs m'avaient dit que le public n'aimait pas les accents et qu'il faudrait sous-titrer. Je leur ai répliqué que Pagnol a fait sa carrière sur l'accent de Marseille. Et pourquoi l'a-t-il osé ? Parce qu'il a vu une pièce célèbre à Bruxelles où les Bruxellois osaient parler avec l'accent belge ! Je me suis donc tenu à mon idée, et dès que la mère de Kirikou parle, tout le monde est sous le charme. L'accent ajoute un parfum, une couleur et une vie que j'aime.
Les voix, les bruitages et la musique sont essentiels. Nous allons au cinéma avec nos yeux et nos oreilles ! J'ai de très bons rapports avec les musiciens, que je fais intervenir dès le début de la fabrication. Nous travaillons la main dans la main. J'ai aussi d'excellents rapports avec les comédiens, qui jouent librement, sous ma direction, mais ne font pas de «doublage». Ce sont les animateurs qui suivent leurs voix, ce qui n'est pas difficile. Le bruitage est fascinant, ainsi que la conception et le montage de l'ensemble sonore.
Christophe Rossignon, mon producteur, a une habitude : il se réserve un petit rôle dans chacun des films qu'il produit. Je me suis dit que j'allais lui offrir son premier rôle de dessin animé. Même s'il n'a que deux phrases, il s'en est parfaitement acquitté ! On entend aussi quelquefois ma voix. Il faut savoir qu'avant de tourner un film, je commence par une esquisse filmée, une succession d'images fixes avec ma voix dans tous les rôles. Cela s'appelle l'animatique et permet de définir très précisément le déroulement du film avant qu'il n'existe. Lors de l'enregistrement des vraies voix, il arrive que je joue un des rôles dans lesquels je me suis senti très à l'aise, mais je suis surtout un bouche-trou, une phrase de-ci de-là pour un figurant qui manquait.
Vous imaginez, écrivez, dessinez, réalisez. Pouvez-vous nous parler de chaque grande phase de votre création, et que ressentez-vous face à chacune ? Avez-vous une préférence ?
Pour moi, l'écriture, c'est les vacances. L'invention intellectuelle, sans se retrousser les manches et se mettre à la table de travail, suivie de la mise en écrit, constitue la phase la plus facile et la plus confortable. Le travail commence une fois le scénario écrit.
Le dessin représente un travail plus compliqué que l'écriture, mais qui me passionne. Il m'arrive de dessiner pour moi (peu, pas le temps !). Des inventions et des personnages que je ne montre pas pour être totalement libre de faire autre chose… C'est mon laboratoire. Le cinéma est dangereux : il faut être compris en une fraction de seconde et plaire.
Critiques et journalistes me montrent comme un rêveur, ce n'est pas parfaitement exact. J'aime bien le rêve, mais j'aime aussi accomplir. Faire un film est un accomplissement. Toutes les décisions doivent être prises avant que le tournage ne commence, y compris la longueur du film. Cela ne me gêne pas parce que je sais ce que je veux. Je change, je vais et viens pendant le scénarimage. Là, j'ai le droit de tout effacer, de déchirer et de recommencer. C'est un énorme travail. Ensuite, l'animation commencée, on ne change plus, car c'est trop cher. Achever un film veut dire qu'on a fait face aux outils, à l'argent, aux délais, aux pannes, aux crises, aux gens - ou plutôt à la nature humaine. Il faut arriver à ce que tout le monde fasse quelque chose ensemble et j'y parviens de mieux en mieux.
Travailler avec d'autres personnes me plaît énormément. Au bout d'un moment, je ne supporte plus de faire mes petites choses tout seul et je suis ravi d'être avec la troupe. Je ne suis jamais dans un bureau séparé. J'ai toujours ramé avec tout le monde. La présence des gens qui travaillent ne me gêne pas, alors que je fais le travail concentré du scénarimage. Dans mes tournages, il se trouve que l'ambiance est calme et studieuse. Se mettre au boulot ensemble, fabriquer, exécuter le film me plaît beaucoup. Au temps du papier découpé, je savais tout faire, maintenant ce n'est plus le cas. J'ai besoin de ces aides miraculeuses, de tous ces gens qui savent faire et veulent bien le faire pour moi. Bien que je ne sache pas vraiment ce qu'ils font, nous nous comprenons et j'aime observer tous les corps de métier, être témoin de la façon dont les gens fonctionnent ensemble. Par exemple, j'aime participer aux enregistrements des musiques. Je n'y comprends rien, ils ont leur jargon et poussent des cris sans que je sache pourquoi. En général, ils s'entendent très bien. Chaque fois que j'ai travaillé avec des musiciens, tous se défonçaient sans aucune limite.
Savez-vous aujourd'hui ce que représentent LES CONTES DE LA NUIT dans votre oeuvre ?
Je pense que c'est un élément assez important, sous des dehors humbles qui me vont. Il est clair, comme je l'ai dit plus haut, qu'une chansonnette peut se mesurer à un opéra prétentieux, «longtemps, longtemps, après que les poètes aient disparu, leurs chansons courent encore dans les rues», et j'aime faire des chansonnettes.
Avec LES CONTES DE LA NUIT, qu'espérez-vous apporter aux spectateurs ?
D'abord du plaisir pendant 80 minutes, puis quelque chose qui flotte légèrement quelque part en eux.




















